Ascension féminine impériale

A quelques heures de la Skyrhune, il était temps d’alimenter notre webzine d’un article de fond, un article qui va révolutionner votre manière de courir en montagne, vous faire doubler le petit train à crémaillère façon LGV (Lapin à Grande Vitesse), l’article que vous attendiez depuis que les Pyrénées sont sorties de terre.

Oui car nous allons parler aujourd’hui de la première ascension féminine de La Rhune !

Un peu d’Histoire avec un grand H, rassurez-vous ça ne vous fera pas mal aux ischios. Et vu ce qui vous attend dans la montée de l’empereur, prenez ça comme un cadeau.

La montée de l’empereur justement, parlons-en ! D’où Napoléon 3 est venu user ses SpeedCross 4 sur la montagne basque ? Non mais allô le mytho quoi ! La seule, l’unique, qui a osé se confronter à ce sommet légendaire n’est autre que sa femme, Eugénie THE Impératrice du trail et sa bande de copines qu’on surnomma alors « Las Sportivas ».

Nous sommes le 30 septembre 1859, au petit matin la ligne de départ est installée à Sare. Xantxo Rizo attend déjà la cinquantaine de dames avec son micro d’argent (il a été à la bonne école). A ses côtés, un troupeau prêt à supporter nos coureuses pour toute la journée. On ne parle pas des centaines d’aficionados toujours présents pour la Skyrhune (merci encore à eux !) mais bien de chevaux.

La première course féminine de Larrun s’est en effet faite en cacolet. Késséssé le cacolet ? Et ben au moins vous aurez appris un nouveau mot aujourd’hui.

Le cacolet est une sorte de double chaise portée en son milieu par un mulet qui avance donc en équilibre plus qu’instable avec un duo juché sur le dos.

Choisir sa partenaire de cacolet c’est donc un peu comme choisir sa binôme d’Euskal. Si l’on veut être ensemble, mieux vaut en général être du même gabarit.

 

A ce sujet, Pauline de Metternich (épouse de l’ambassadeur d’Autriche et arrière-grand-mère de Carole Duhart) nous donne un petit extrait croustillant de la scène : « il s’agissait de trouver son sosie ! Les maigres se cherchaient avec ardeur, les grasses se précipitaient les unes sur les autres. Moi qui étais mince à désespérer une allumette, j’eus pour compagne la comtesse de La Poëze dont la maigreur la faisait comparer à un rideau flottant placé près d’une fenêtre ouverte ».

On a envie de dire : trop sympas les copines !

 

Revenons donc sur la ligne de départ. Après moult difficultés, le cortège se mit enfin en route sur un bon vieux morceau des Galactic Empire (enfin c’est ce qu’il est écrit dans les archives).

Tout ceci n’était pourtant que le début d’une galère sans nom. « Une heure de trajet était passée, ma compagne d’infortune et moi n’en pouvions plus. Ajoutez à cette torture l’émotion causée par ces maudits mulets qui prennent un malin plaisir à nous suspendre au précipice, c’était tout simplement abominable » poursuit notre chère reporter Pauline. Le cortège entier décide alors de descendre de montures et de continuer à pied. A pied : nous y sommes ! Ici est donc née la première Skyrhune et l’Histoire l’écrit noir sur blanc : elle fut bien 100% féminine !

Passées les premières montées, l’heure était venue du ravitaillement. Nos coureuses avalèrent leurs barres Brennos (#pub) sur des nappes étendues à terre tandis que l’impératrice en profita pour exécuter un redoutable fandango rythmé par des musiciens basques (montre Garmin sur pause automatique). L’épopée reprit ensuite son cours, Eugénie en tête, la princesse Pauline à quelques encablures et le rideau flottant un peu plus loin derrière. Le sommet de la Rhune fut enfin atteint au moment du coucher du soleil. De ce splendide panorama, restait ensuite toute la descente à réaliser à la nuit tombante.

« C’est à partir de ce moment-là que la partie de campagne tourna au tragique » continue de raconter Pauline.  « Les femmes, peu habituées à une marche aussi pénible dans des sentiers rocailleux, se plaignaient de plus en plus. Quelques-unes déclaraient en pleurnichant que leurs souliers commençaient à se déchirer (aussi quelles déplorables chaussures elles avaient) « . Notons qu’Endurance Shop ouvra l’année suivante (#pub).

« D’autres se faisaient hisser sur leurs mulets, mais le mouvement de la descente leur donnait mal au cœur. C’était devenu un concert de jérémiades…mais il n’y avait pas à dire, il fallait continuer la route ! ». Au cours du chemin, certaines athlètes demandent même à ce qu’on les laisse « mourir sur place ». Un brancard est alors improvisé et voilà l’infortunée portée à bout de bras par quatre guides en relais (ainsi naquit la joelette !).

La nuit noire survenue, de plus en plus de demoiselles exigeaient qu’on les transporte en brancard, certaines s’insurgeaient avec le projet sinistre d’étrangler le lendemain la pauvre impératrice.

Vers 22h15, soit 12 heures après le départ, nos traileuses franchirent enfin la ligne d’arrivée. Xantxo et son micro avaient déjà mis la viande dans le torchon mais qu’à cela ne tienne, le pari fou avait été remporté ! En hommage à notre intrépide Skyrhunneuse Eugénie, un obélisque de 5m de haut surmonté d’un aigle fut érigé et inauguré l’année suivante.

Grâce à un clic bienheureux, vous serez en théorie deux fois plus nombreuses à prendre le départ de la Skyrhune cette année. Dans la montée de l’empereur l’impératrice, rappelez-vous donc que peu importe la manière, l’important est d’avoir l’audace ! La même audace que ces cinquante femmes ont eue il y a 159 ans pour gravir la montagne mythique du Pays basque. Pour toutes ces Sportivas et pour vous qui leur succédez, l’obélisque d’Eugénie vous attend fièrement au sommet.

Et si à l’arrivée la chance vous sourit d’être interviewée par radio Garazi, n’oubliez pas à la question « si vous étiez une décoration, qu’est-ce que vous seriez ? » de répondre en clin d’œil à l’Histoire : « un rideau flottant ! ».

 

ANDERE AUPA !

 

Source bibliographique : Jacques ANTZ. Sare vu par les visiteurs d’autrefois. 2010. Editions Atlantica.

Source photos : des gens super sympas qui demanderont jamais de droits d’auteurs parce qu’on les aime et qu’ils nous aiment. Enfin bref, je sais plus j’ai pas noté 🙁

TXAPELKETA