On a testé pour vous – Le film « Free to run »

Par Gaxux, envoyée spéciale labourdine

Mon coach me le dit souvent : « Gaxux, quand tu cours, tu es trop con…templative ». Et même si je préfèrerais faire une séance de gainage plutôt que de l’admettre, il n’a pas tort coach. Au lieu de regarder les cailloux, j’ai plutôt tendance à lever le nez pour admirer à peu près tout : les choux, les hiboux, les poux ou même les betizu. Les betizu, vous savez, ces petites vaches sauvages que l’on voit sur les flancs des montagnes basques.

Justement parlons-en. C’était la veille de Noël à Itxassou (hibou, caillou, joujou…). Elles étaient au pied du Mondarrain, ruminant nonchalamment leur suprême de graminées sur lit de primevères. Arrivant du sommet, mon sang ne fit qu’un tour en les voyant apparaître : « Oohh des betizu ! ». Guidée par un instinct primaire, mes pas avaient déjà dévié du sentier pour galoper à leur rencontre. La vue de ces aurochs des steppes labourdines me renvoyait 20 000 ans en arrière. J’étais Luxi, chasseuse préhistorique, bâtisseuse de cromlechs ayant établi son squatt dans la grotte de Sare. Mes bâtons de trail étaient devenus lances de silex, mon tee-shirt compressif peau d’ours des Pyrénées. A pas feutrés, j’approchais. Enfin, c’était sans compter sur ma cheville issue de l’âge de bronze qui en décida tout autrement. Torsion du pied suivie d’un vol direct, tête la première dans la boue. La déesse de Néandertal que j’étais tenta de se relever dignement sous le regard impassible des vaches oranges. Il ne me restait plus qu’à retourner au pas de Roland (5 km), tout en boîtant gaiement. A l’arrivée, ma cheville ressemblait à un jambon Kintoa à qui l’on aurait volontiers donné l’Appellation d’Origine Contorsionnée. Quelques jours plus tard, le médecin me confirma ce que je savais déjà : « il faut arrêter de courir pendant quelques semaines ».

Tout runner qui se respecte a déjà entendu cela au moins une fois. Cet instant où toute votre vie se met à défiler devant vos yeux, cet état proche de l’Ohio qui vous met le moral à zéro. Dans ces cas-là, on se dit surtout que cela va être dur pour ses proches. Plus d’exutoire, de soupape de décompression, mode cocotte-minute prête à partir au quart de tour. Décision prise : puisque j’avais des ectoplasmes à la place des muscles, je décidais d’assumer franchement ma nouvelle vie de larve.

Plaid polaire, plaquette de chocolat aux amandes caramélisées (oui mâdame !), disque dur 1 Terra rempli de vidéos en tout genre, de quoi réaliser une vraie performance pour un marathon sur petit écran. Il me fallut au bas mot vingt minutes pour choisir le premier film : ce serait le documentaire « Free to run » sorti en 2016 et réalisé par Pierre Morath. Comment se faire du mal quand on ne court plus : regarder des films sur des gens qui peuvent encore le faire. Un peu comme si on était au régime et qu’on regardait des recettes de Maïté et Micheline (l’Ortolan, mon préféré !). Ici s’achève (brillamment) l’introduction de cet article.

 

Oui parce qu’à la base, je suis censée vous parler de « Free to Run ». Mais comme mon coach me dit souvent : « Gaxux, pense à être plus con…textuelle ». Bref, un jour un ami me demande « T’as entendu parler de Free to Run ? ». Avec son accent basque, j’ai cru qu’il me parlait d’un film belge sur le choix cornélien entre des patates grasses et une séance de seuil. Ce à quoi j’aurais indéniablement voté frite. Et j’aurais été à côté de la plaque de beurre.

Le documentaire du suisse Pierre Morath traite de l’histoire de la course à pied. Et attention, cela devient très sérieux. Car dans les années 60, il fallait être fou pour courir hors des stades. Les premiers runners étaient perçus comme des marginaux, des hurluberlus en mini short qui prônaient pourtant des valeurs qui sont aujourd’hui essentielles, notamment dans le trail : courir en totale liberté, pour son bien-être et pour faire communion avec la nature. Mon but n’est pas ici de vous raconter tout mais de vous donner envie de voir ce documentaire. Car pour savoir où l’on va, il faut connaître d’où l’on vient. Et Free to Run permet en 1h39 de mieux comprendre le chemin parcouru dans le sport qui nous passionne. On y apprend ainsi comment une trentaine d’anonymes courant dans le quartier mal famé du Bronx a créé l’institution qu’est aujourd’hui le marathon de New York. On découvre l’existence du journal Spiridon, bible originelle de la course à pied, on rage devant les difficultés d’athlètes comme Steve Prefontaine pour devenir coureurs professionnels.

 

J’en étais à la moitié de ma tablette de chocolat lorsque Kathrine Switzer apparut à l’écran. Un véritable électrochoc. Première femme à courir un marathon en 1967 (illégalement), elle s’est battue toute sa vie et se bat encore pour que chacune d’entre nous puissent simplement être libre de fouler tous les terrains du monde au même titre que les hommes. Kathrine c’est une vraie déesse préhistorique, la mère de toutes les Xéna.

J’étais subjuguée par cette grâce naturelle derrière laquelle se cache une ténacité sans faille. A cet instant j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de fatalité, que je n’avais pas le droit de m’apitoyer sous un plaid polaire ou une montagne d’amandes caramélisées. La nature m’avait dotée certes d’un demi cerveau mais aussi de deux bras, deux jambes et d’un utérus. Le même qui poussa Kathrine et toutes les autres à nous permettre de courir. Mon regard creux de betizu laissa place à Félindra, l’oeil du tigre.  J’allais soigner cette entorse, l’affronter, enfiler mon maillot de bain boudinant pour nager, enchaîner les séances chez le kiné en attendant patiemment le bon moment pour revenir dans la course. Plus forte, plus déterminée que jamais pour inscrire mes pas dans ceux de millions de guerrières avant moi. Après ce film, je n’avais en tout cas plus le droit de baisser les bras : « Libérée, dénivelé, je ne faillirai plus jamais ! ».

Mon coach me dit souvent : « Gaxux, p**tain con…clusion ». Il est un peu toulousain mon coach. Pour conclure donc, et si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici dans la lecture, je recommande Free to Run à tous ceux qui veulent se plonger aux sources de la course à pied, à ceux qui ont un coup de mou, une blessure, une baisse de motivation et qui sont sur le point de sucer l’ortolan par les deux bouts ou de se caraméliser l’amande par frustration de ne pas pouvoir courir comme ils veulent/peuvent. Foi de Gaxux, ce film vous donne la frite.

Allez, je vous laisse, j’ai aqua-pottok et il est hors de question de faire entorse à mon programme de remise sur pied. Les betizus m’attendent à Itxassou, nom d’un caribou.

Site officiel du film Free to Run : https://www.freetorun.be/fr/

Free to Run en vente ici : https://www.amazon.fr/Free-run-Philippe-Torreton/dp/B01JMN8FC0

Free to Run en location ici : https://www.universcine.com/films/free-to-run