Une vie de Traileuse

C’est un fait, on n’a pas les mollets taillés dans le pottok

 

Et on n’arrivera sans doute jamais à égaler la vitesse d’un Benoît Cori lancé en ventriglisse sur une plaque de verglas entre Sainté et Lyon. Malgré tout, on est de plus en plus nombreuses à venir s’épiler les demi-jambes au contact des chachis piquants, à prendre chaque dimanche plaisir à un petit soin de peau à base d’argile boueuse et à s’élancer dans l’aventure trail.

Bon, tout n’est pas évident. A commencer par le choix de la tenue : rose, rose ou rose ? D’accord j’exagère. Mais quand même ! Pourquoi les marques s’évertuent-elles à nous faire enfiler des équipements façon Barbie alors que Xéna la Guerrière brûle au fond de nous et ne rêve que d’une chose : vous mettre la misère. Vous me direz, l’armure c’est peut-être moins pratique niveau tactique. 

Allez, passons. Je vous fais grâce aussi des soutiens gorges façon corset obligatoires pour éviter que notre poitrine opulente (oui, j’ai écrit opulente) ne ressemble à des poches à eau vides après 10 années de pratique du trail. On oublie aussi les camel backs pas adaptés qui viennent se clipser justement sur l’opulence en question (heureusement, quelques marques commencent à s’y pencher).

 

Le jour J est arrivé ! On enfile le tee-shirt de la course, Homme « parce qu’il n’y a qu’un seul modèle », taille S « parce que y’avait pas plus petit ». Regard dans le miroir, l’impression d’être en chemise de nuit. Qu’à cela ne tienne, le record n’attend pas. Avant même que le départ ne soit donné, il faudra affronter l’épreuve du pipi. Des dizaines de femmes prêtes à en découdre pour accéder au graal : une cabine de toilette chimique crado. On regarde avec envie les hommes sortir nonchalamment leur attirail devant un mur, un arbre, une arche Endurance Shop et l’on se dit que peu importe si l’on nous prend pour Ken plutôt que Barbie, la prochaine fois on emmènera notre pisse-debout.

 

 

 

Bon bien sûr, on retournera trois fois « au cas où » dans la dite cabine avant de s’élancer telle une petite biche sauvage sur les sentiers de nos montagnes. Comme une biche pas tout à fait, plutôt un sanglier bien lourd et grognon car luttant depuis la veille contre un sacré mal de ventre. Ah ça les ragnagnas en trail, on n’en parle pas. Mais nous oui. On a même identifié au préalable sur le parcours les endroits où il sera possible de se changer (le ravito spécial !) sans qu’il soit donné à tous de voir la face cachée de la lune. Tout un stratagème. Les sangliers en tutu sont lâchés, saucisson dans le sac contre les crampes, rêve ultime de bière à l’arrivée (on ne fait pas ça pour des pommes et une menthe à l’eau quand même). Sur le parcours, force est de constater qu’on ne trouvera pas un porc pour nous rabaisser, aucun à balancer. Encouragements, respect, dignité, d’égal à égal dans le simple plaisir de courir. A l’arrivée, il y a vraiment des femmes qui m’impressionnent, que j’ai pour modèle. D’abord parce qu’aucune goutte de leur mascara n’a coulé après 25 km sous 36°C alors que je ressemble au même instant à un Panda made in China. Mais surtout pour leur mental, leur grâce, leur solidité à toute épreuve, leur humilité profonde.

Être traileuse n’est pas une mince affaire mais on ne s’en plaindra jamais. Année après année, biches sauvages ou sangliers en tutus prospèrent et dans chacune d’elles sommeille Xéna la guerrière.

 

GAXUX